de George Feydeau mise en scène par Alexandre Beaulieu
Feydeau est le maître incontesté du vaudeville. Le diable est dans les détails, dit-on ; et c’est effectivement là que réside le génie de Feydeau. Son écriture ciselée, chirurgicale, dépeint si bien la psychologie humaine que chaque réaction, chaque parole prononcée par ses personnages nous rend leur situation à la fois réelle et folle, drôle et suffocante et, au final, si proche de nous. Il a su transformer un genre souvent considéré comme léger voire vulgaire en une peinture efficace de la condition humaine. Si son théâtre est aussi hilarant, c’est certainement parce qu’il parle de nous : de nos faussetés, de nos folies, de nos obsessions, de nos mauvaises fois, de nos mauvais caractères et de la manière dont nous luttons avec tous ces défauts pour vivre ensemble malgré tout.
« Hortense a dit ‘Je m’en fous’ » et « On purge bébé » sont deux boulets de canon. Deux pièces en un acte dans lesquelles Feydeau va à l’essentiel mais frappe fort. C’est drôle, c’est puissant, c’est rapide et ça ne manque pas de sens pour autant.
Dans la première, un dentiste voit son monde se briser par une simple phrase, celle de la femme de chambre Hortense, qui en disant « ‘Je m’en fous’ » à sa maîtresse va déstabiliser un système conjugal et professionnel bourgeois, qui, d’après Feydeau, ne peut tenir sans le travail, le soutien et la soumission d’une classe sociale plus populaire, qu’elle dirige et prend pourtant de haut.
La seconde dépeint les contradictions et les névroses de l’ambition sociale, elle moque tout ce que nous sommes prêts à vivre de ridicules et de faussetés pour atteindre un rang ou une fortune supérieurs. Un industriel, doit composer entre sa femme excentrique et un haut fonctionnaire d’état qui pourrait le rendre riche.
Enfin, dans ces deux pièces et plus généralement dans tout le théâtre de Feydeau, le couple est en première ligne. On rit de ses contradictions, des rapports de domination, du machisme, du rapport à la virilité, au désir, à l’usure mais aussi à la tendresse qui, malgré les conflits, se ressent entre chaque ligne.
En définitive, Feydeau est du caviar d’amusement, c’est-à-dire un divertissement à la forme virtuose qui cache intelligemment un sens et une critique plus profonde de la société et de nos mœurs. »